lundi 27 avril 2015

Ailleurs, la lumière


Just want to live
 
Paroles de migrants
 
Espérance
En partance
 
Un à un
Les corps
Par la mer
Avalés
 
Embarcations de fortune
Sur lesquelles
Des esprits véreux
Pernicieux
S’improvisent capitaines
Assassins silencieux

Passagers
À la pelle

L’argent n’a pas d’odeur
Quels que soient les malheurs

Horizon liberté
Inlassablement contemplé

Frontières barbelées

Invisibles
Tissures

Invincible
Espoir

La force des trous noirs

Ailleurs
La lumière

Démocratie
Une autre vie

Se méfier des leurres
Ici aussi on meurt

Liberté surveillée

Mais chez nous
La terre saigne

Des centaines
Des milliers

On ne sait plus
Où aller

Il y a tant de bouches à nourrir
On ne peut pas tout accueillir

Mais maintenant
Monsanto

Il a fini par réussir
À vous les faire ouvrir

Lui
Peut bien nous nourrir

Multiplication des pains
Il suffit de tendre la main

Jusqu’à ces matins
Où des yeux se dessillèrent
Sur des peaux cancer

D’un enfer
L’autre

Nous aussi
On veut goûter

Liberté
À l’imparfait

dimanche 8 mars 2015

En toute liberté...pour la liberté...ma journée de la femme à Raif Badawi


8 mars
 
Une petite lucarne
Ouverte sur le monde
Pour que les femmes
En cet unique jour
Respirent
Recrachent
Tout ce que les silences
 
Quand elles peuvent
Quand elles peuvent
 
364 jours
Les volets clos
Derrière lesquels
Les femmes du monde
Se battent
Pour leurs droits
Pour protéger leurs corps
Des violences de toutes sortes
 
Quand elles peuvent
Quand elles peuvent
 
365 jours
Moins un
 
Temps modernes
Où la religion
Est légion
 
Les femmes
En première ligne
 
Corps otages
Corps esclaves
Corps violés
Corps piétinés
 
Sexes à volonté
Pour que des arriérés
Puissent s’empiffrer
À gerber
 
Temps modernes
Où en Occident
Les puissants
Etalent leur sexe
En une des journaux
Assumant
De faire du corps de la femme
Leur besoin naturel
 
8 mars
La femme commémorée
 
Autorisée
À s’exprimer
À se lamenter
À témoigner
À protester
 
Quand elles peuvent
Quand elles peuvent
 
Alors en ce 8 mars 2015
Parce que la liberté
N’a pas de sexe
 
Une femme dédie ce jour
À un homme
 
Pour que la liberté
 
Ma journée de la femme
À Raif Badawi

samedi 7 mars 2015

Liberté, Liberté, Liberté....ton nom...à l'infini !


En ces temps régression
 
Vitale
La mémoire
 
Naguère
À peine hier
En pleine guerre
Le poète écrivait ton nom
Liberté
 
Liberté
De nouveau menacée
 
En ce début d’année
Ton corps
Criblé de balles
 
Paris
Copenhague
Moscou
Et tous ces lieux
Où les assassins
Leurs émules
Et autres pustules
S’autoproclament
Avec ou sans Dieu
 
Profanateurs de chairs
Incendiaires de l’âme
Incinérateurs de la pensée
Et de toutes les mémoires
Qu’ils peuvent éradiquer

Aucun
Ton courage
Ta volonté
Ta nature

Inlassablement
Jeune pousse
Intacte
Tu repousses

En ces jours
Où l’obscurantisme
Le fascisme
Le totalitarisme

En ces jours
Où l’une de tes ailes
La culture
Par endroits se replie
Pour ne pas froisser
Certains dieux
Chatouilleux

Il est temps
Grand temps

Comme jadis le poète
D’écrire en grand
En très grand
 
Ton nom
À l’infini
 
Liberté
Liberté
Liberté
Partout où nous irons

jeudi 5 février 2015

Extrait d'un recueil

Laisse-les croire

Tant de dieux
Dorment dans les greniers de l’humanité

Laisse-les croire

Jusqu’à cet instant
Où ils cherchent à t’emmurer
Dans leur temple blanc

mardi 20 janvier 2015

De l'Orient à l'Occident - Le pont des idées - Résurrection de la pensée

Avant que ces temps ne nous abîment
Avant d’assister asphyxiés
À l’anéantissement de la pensée

Une bouffée de souvenirs

Avicenne
Averroès
Al Ghazali
Et tous ceux

Avant que les clôtures
Ne nous emmurent

Avant que les dieux
Nous châtient
Nous mutilent
Nous violent
Nous assassinent
Nous pétrifient dans un monde carcéral
Et nous offrent leur paradis barbarie

Une bouteille à la mer
À tous les bâtisseurs d’idées
À tous les penseurs des deux rives
D’Orient et d’Occident

En ces temps
Où les graines de lumière se raréfient
Où le partage
Un naufrage
Où les idées
Prises en otages
Par des slogans
Portes blindées

En ces temps
Où les dogmes
S’allient aux seuls glaives
En souvenir de tous ceux
Qui avant eux

Où l’homme succombe
À sa propre ignorance

Il est grand temps
D’édifier ce pont de la pensée diversifiée
Eveillée
Libre
Partagée

Avant que le divin
N’asservisse nos vies

Pour une nouvelle
Nuit des temps

samedi 17 janvier 2015

Coule coule coule et coulera toujours le fleuve de l’encre liberté

Après la stupeur
Après les larmes
Après la nausée

L’esprit liberté
Renforcé

La rage de vivre
La rage de dire
Inaltérées

Poursuivre
Comme jamais
Dans les veines de l’homme libre

Lorsqu’un crayon
S’éteint trop tôt
Parce que des salauds

Il faut que les veilleuses
Deviennent
D’immenses flambeaux

Une multitude
Pour que la liberté

lundi 12 janvier 2015

Mais où est passé le mage Houellebecq ?

Après
Soumission

Démission

Après la plume dans la plaie
Après la plume dans le sang
La plume
Dans la merde

Le mage qui cherchait les hommages
A juste
Un feu attisé

Et puis les balles
Ont criblé

Et le pétard mouillé

Sans assumer
Tout ce que les couilles
Qui hantent ses pages blanches
Et toutes celles
Qui cherchent à écrire
Un désir de survie

S’est mis au vert

Mais eux
Ils sont tous morts
Pour avoir dessiné
Avec la force de l’encrier
Sans tergiverser

Courage

Il est des mages
Qui dans l’ennui
De mauvais présages

La fuite
Sans image

Il est des couilles
Que les femmes ne doivent pas toucher

Et pourtant
En ces temps où la liberté

Il ne faut plus rien lâcher

Dommage

Le roi mage
Et la poésie
Une belle paire

Mais la poésie
Ne fait plus recette

Alors
Soumission

Quel couillon  

dimanche 11 janvier 2015

Il faut continuer de dire


Oh Marine
Vous
Qui jusque dans nos terroirs
Raclez les fonds de tiroirs
 
À faire votre beurre
Sur les peurs
La xénophobie
Et amalgames de toutes sortes
 
Comment osez-vous
Revendiquer
De défiler
 
À la mémoire de ceux
Qui de vous
Avaient la gerbe haute
 
Arrêt sur image
En hommage
 
 
  

mercredi 7 janvier 2015

Je suis CHARLIE

Quels mots pourraient
En ce jour

Quels mots pourraient
Face à l’atrocité
À la liberté endeuillée
À l’émotion

Quels mots pourraient
Face à la barbarie
À l’obscurantisme
À la vacuité d’un embryon avorté d’un désir de penser

Quels mots pourraient dire

Hormis
Je suis CHARLIE

Nous
La démocratie
La laïcité
L’intrinsèque liberté de l’être

Nous sommes
Des milliers de CHARLIE
Au pays des droits de l’homme

Malgré les blessures
La terrifiante réalité
De la monstruosité

Jamais
La liberté d’expression
Ne sera vaincue

Il y aura toujours
Une plume
Pour prendre le relais
De ceux que l’on a voulu réduire au silence

Les plumes vont continuer
Et Charlie
Et les douze bougies
Continueront d’éclairer ce monde

Que quelques-uns
Juste des assassins
Cherchent vainement
À éteindre

Mais rien
Jamais rien
Depuis la nuit des temps
N’a étouffé la liberté de penser

Et Charlie continuera
Bien au-delà

lundi 5 janvier 2015

À la mémoire d'Hashem Shaabani

De rerum natura
Lucrèce
Traverse

Et nous laisse
Epicure
Avant que la trace
Ne s’efface

Il était une fois
Hier

À peine quelques millénaires

Aujourd’hui se souvient
Qu’il n’y a pas de lien

Et pourtant

La traversée du temps
Où le hasard

Histoire humaine
Et ses quelques grains

Comme si l’océan des sables
S'évaporait
D'une immense poche percée

L’antiquité
À peine hier

Mais aujourd’hui

Qui se souvient
Qu’il y a tout juste une année
Un poète
N’eut pas le temps de ses vers

Vers solitaires
Dorment sous la terre
Pour que Dieu continue son chemin
Dans les mêmes mains

Celles qui gomment les destins

Droit de vie
Droit de mort

Parce que la poésie
Hérésie

Qui aujourd’hui se souvient
Du poète iranien
Hashem Shaabani
Dont la jeunesse fut amputée
La vie avortée
Les vers étouffés
Le corps pendu

Comme ses frères
Par un dictateur

Plume aux ailes brisées
Un retour vers l’antiquité
Où le 21ème siècle
En ses débuts
Efface toute idée de modernité
De liberté

Temps
Régression
Il est des dimensions
Où il faut

Tant qu’il y aura des dieux

L’homme fossilisé
L’homme sans voie

mardi 30 décembre 2014

Extrait d'un recueil


Carnets divers
 
Ouverts
 
Comme une page de soi
Laissée à l’abandon
 
 
                                                             *****


 

Des hommes en chemin - Résumé d'un roman

Ils forment un triumvirat depuis le lycée. Rien ne semble pouvoir les séparer et les réunir ailleurs que là où chacun, ensemble depuis toutes ces années.

Raymond, Louis, Eléonore, comme les cinq doigts de la main. L’un perd son père, l’autre ne l’a jamais connu et puis il y a celle qui n’a jamais rien perdu mais qui reçoit ce don du vivant comme une histoire insignifiante, plutôt étouffante et qui se met à vivre là où personne ne l’attendait, pas même elle.

L’amour ne s’invente pas. Il a toujours été là, à l’insu de chacun, sans qu’aucun ne soupçonne la force de sa césure, comme celle de ses ouvertures où ceux qui reçoivent finissent par s’égarer à ne plus rien retrouver de ce qu’ils avaient imaginé.

Et puis il y a Thomas, le marginal qui surgit d’un décor que tous croyaient bien connaître. Thomas, le rebelle qui enseigne la rue, sans savoir dire si elle conduit quelque part.

Paris et ses quais de Seine. Paris et la fontaine Saint Michel comme le décor d’un théâtre qui accueille la vie en pleine éclosion de sa maturation. À conduire dans le repaire où La Pomme. Figure fugace. Reine des berges. Sortie des pages déchirées d’un roman du XIXème qui séduit le temps d’une traversée où chacun croit avoir trouvé, à finir par s’égarer.

Des hommes en chemin où la trace d'un amour qui découvre sa propre racine.

lundi 29 décembre 2014

Des hommes en chemin - Extraits d'un roman

(…)

Maman. Qu’est-ce qui t’arrive ? Est-ce à cause d’un homme ? Maman. Moi aussi j’ai fait pleurer des filles. Maman. Je ne t’en ai jamais parlé, mais j’m’en fous des hommes avec qui tu vas. J’aurais peut-être dû te le dire quand j’ai commencé à grandir. Ça t’aurait peut-être aidée ? Pourquoi on ne se parle pas plus souvent ? Tu lis trop. Et moi pas assez. Mais ça n’a pas rétabli l’équilibre. On s’aime. On se le dit. Ça rassure. Mais qu’y a-t-il derrière ce mot ? Pourquoi nous tient-il ? Qu’est-ce que tu gardes encore pour toi pour qu’aujourd’hui je trouve ce mot singulièrement banal ? Presque une routine. Un amour présent mais sans surprise. Peut-être y a-t-il eu trop de silences ? Tu m’as laissé grandir trop vite, seul avec mémé. Tu croyais que je savais tout. Même avant ma naissance tu me prenais pour un génie. À l’école je t’ai fait déchanter. Mais tu n’as pas cédé. Tu savais que j’avais quelque chose. Quelque chose que je ne voulais pas montrer. Mais c’est peut-être toi qui l’as gardé. N’y as-tu jamais pensé ?

(…)


                                                             *****

(…)

Jean s’approcha de la table et vint les saluer.

-      Salut Raymond. Tu as ressorti le matériel ?

-      Tu te souviens de ça ?

-      Ben oui…

-      On est déjà de vieux cons pour que tu ouvres la malle au souvenir ?

-      Qu’est-ce qui te prend ?

-      Il vient de perdre son père. Dit aussitôt Louis

-      Ah ! Excuse-moi Raymond…Je ne savais pas.

-      Il n’y a rien à savoir. Je le connaissais à peine…Il n’est pas bon ton café. Tu n’as pas une bière ?

-      J’te ramène ça.

-      La même chose pour nous. Lui lança Eléonore.

-      (…)

-      (…)

-      (…)

-      Tu vois Louis…On est pareil maintenant.

-      Pourquoi tu dis ça ?

-      Pour te faire plaisir.

-      Non. On n’a jamais été pareil. Je te l’ai fait croire. Toi tu le voyais ton père et…je t’enviais.

-      Il faut que mon père meure pour que tu me dises ça…T’es comme ma mère…Il a fallu qu’il meure pour qu’elle me raconte des trucs.

-      Eh ! Vous n’allez pas vous engueuler.

-      On ne s’engueule pas. Pour une fois qu’on se parle vraiment. Tu ne vas pas faire comme ma mère.

-      Oh ! Ça va.

-      Oui ça va. Laisse-nous parler.

-      Je peux partir si tu veux ?

-      Non, tu peux rester. Tu es jolie à regarder.

-      Tu as de la chance d’avoir une bonne excuse.

-      Alors je peux tout me permettre aujourd’hui. Même de te piquer à Louis ?

-      Qu’est-ce que tu racontes ? Je n’ai jamais eu d’histoire avec Louis !

-      Oui, mais lui il en crève.

-      Arrête Raymond ! Je sais bien que tu as de bonnes raisons…Mais ce n’est pas une raison…

-      Oh ! Tu en as du vocabulaire aujourd’hui !

-      Arrêtez tous les deux. Ça suffit !

-      Tu as raison Eléonore. Il faut qu’on arrête de faire les cons.

-      (…)

-      (…)

-      (…)

-      Vous êtes déjà allés au cirque ?

-      Oui, quand j’étais petit.

-      Moi, je n’ai jamais aimé ça.

-      Pourquoi tu dis ça Eléonore ?

(…)


                                                                    *****

(…)

Arrivé en bas de chez lui, Raymond eut l’envie soudaine de faire demi-tour. Retourner place Saint Michel pour parler avec ce type. Un étrange besoin de le revoir. Comme s’ils avaient encore des choses à se dire. Eh ! L’école de la vie, ça conduit où ? Sur un trottoir?


(…)

                                                                          *****

(…)
Ils entrèrent dans le premier café. Thomas se dirigea vers le comptoir. Raymond lui prit le bras et l’entraina vers la salle.

-      On sera mieux là.

-      T’as les moyens toi !

-      Non…J’ai mes habitudes. Avec mes potes, on ne va jamais au comptoir. On ne peut pas se parler de la même façon.

-      T’as besoin de tes aises pour parler ?

-      Je ne sais pas. Je ne me suis jamais posé la question.

-      On voit que t’as été bordé toi.

-      Pas tant que tu crois…Tu viens d’où ?

-      D’un cabinet de médecin et d’un orchestre de chambre.

-      Qu’est-ce que tu me racontes ?

-      Tu veux savoir d’où je sors. Avant de te parler, les gens ils veulent ta pièce d’identité, maintenant. Tu es de quel milieu social…Ah oui…T’es un cas social ! Ça ne m’étonne pas que tu sois dans la rue. Et bien tu fais flop.

-      Eh ! Arrête ton délire. Je ne t’ai pas parlé de ça !

-      Tu m’as demandé d’où je venais…Ça veut tout dire.

-      Je ne pensais pas que t’étais susceptible comme ça !

-      J’ai appris à me méfier…Et puis tu sais…On raconte ce qu’on veut. Mais à toi, j’ai pas envie de raconter de craques. T’as été un chic type au Monoprix.

-      Oublie ça.

(…)

 

                                                                             *****

(…)

Raymond marchait en direction du lycée. Lorsqu’il arriva à hauteur du pont Saint Michel, il aperçut un attroupement inhabituel. Agglutinée au parapet, une foule compacte avait les yeux rivés sur les berges. Il s’arrêta un instant pour tenter de voir ce qui attirait tout ce monde à cette heure matinale. Il avait dû se passer quelque chose de grave. Tous étaient silencieux et regardaient.

Il réussit à se faufiler et finit par apercevoir le corps inerte d’un homme allongé sur les pavés du quai de Seine. Il était entièrement recouvert d’un drap. À ses pieds gisaient les restes froissés de ce qu’il croyait être une couverture de survie. Un cordon de policiers empêchait les curieux d’approcher. Les hommes de la brigade fluviale et les pompiers étaient également sur les lieux. 

Raymond resta lui aussi les yeux rivés sur ce corps muet. Etait-il mort ? Cela en avait tout l’air. Il se mit sur la pointe des pieds, espérant ainsi mieux voir. Cette position ne lui en dit pas davantage. À quoi bon s’attarder ? Il s’apprêtait à fendre une nouvelle fois la foule pour poursuivre sa route quand un détail attira son attention. Le bras qui dépassait du drap portait les couleurs familières d’une chemise qu’il crut reconnaître. Un frisson le traversa. Ce n’était sans doute qu’une coïncidence. Lorsque l’on ne sait rien, on invente et l’imaginaire s’empare du moindre indice.

(…)

                                                                             *****

(...)

-      Toi qui traines pas mal dans le coin…Tu n’aurais pas entendu parler d’une histoire du côté des berges.

-      Une histoire ? Quelle histoire ? Il y en a à la pelle, ici !

-      Ah non. Tu ne vas pas recommencer avec lui ! Lui dit Eléonore.

-      Eh ! Attendez tous le deux. Je ne comprends rien à vos salades…Vous pouvez éclairer mon phare ?

-      Ce matin, il y a eu un mort sur les berges. Un type avec des baskets rouges et une chemise à carreaux rouges et noirs…Enfin pas tout à fait…Ses baskets avaient juste un liseré rouge. Lui dit Raymond. 

-      Ah ! ah ! ah !

-      Qu’est-ce qui te fait marrer ?

-      Si tu crois que je reluque tous les morts des berges…Ah ! ah ! ah ! Quant à leurs fringues…Ah ! ah ! ah ! Tu m’éclates ! …On voit que la rue c’est une étrangère pour toi…La rue…Elle bouffe toutes les couleurs…Du délavé. 100 %. Comme ça, pas de jaloux…Et quand les fringues sont bouffées, c’est au tour de la peau. Moins tu te laves plus tu te protèges…Quant aux berges…C’est une autre paire de manche...Là, tout est encore plus compliqué. Les territoires…Déjà dans les rues…Je ne te raconte pas. Alors les berges…Et ton liseré !…ah ! ah ! ah ! C’est quoi déjà sa couleur? Tu n’as pas non plus la marque du parfum…Ça m’aiderait peut-être.

-      Tu n’es vraiment pas drôle…Mais bon sang, essaie de te souvenir...Je suis sûr que t’as entendu parler de quelque chose…Ça s’est passé à côté de chez toi. Ce n’est pas possible que tu n’aies rien entendu…C’est tout frais de ce matin. Fais un effort, s’il te plait. Aide-moi…C’est important.

 
(…)

 
                                                      *****

(…)

 
Thomas craqua une allumette et ralluma la bougie maintenue entre deux pavés. Ce fut sous cette flamme, vacillant sous un vent léger, qu’ils découvrirent le visage d’une vielle femme aux cheveux cendrés, aux yeux verts et perçants, à la peau recouverte d’une suie étrange, comme si elle avait ramoné toutes les cheminées de Paris. Les trainées claires qui sillonnaient son visage étaient la trace de rides rebelles qui s’efforçaient de raconter la force d’un vécu sous l’amas de poussière qui tentait de les ensevelir.

Son corps était entièrement emmitouflé sous d’épaisses couvertures. Ses cheveux, tirés en arrière, étaient retenus par une ficelle dont les deux bouts retombaient sur ses épaules. Ils faisaient penser à la corde effilochée d’un vieux navire oubliée sur ce quai par un marin d’eau douce. Certaines mèches, récalcitrantes à la discipline qu’elle tentait d’imposer à sa chevelure, s’échappaient en ébouriffant par endroits cette élégance qu’elle s’évertuait d’entretenir en ces lieux peu propices à l’accueillir.

 
-      Voilà mes potes, La Pomme. Lui dit Thomas. Si tu peux les aider…C’est comme si tu m’aidais, moi.

 

 
                                                             ******
(...)



Louis lui demandait de venir le rejoindre le lendemain au cimetière du Montparnasse. Il ne fut pas surpris du choix du lieu. Il était l’endroit où ils avaient pris l’habitude de se retrouver autour des tombes des écrivains préférés de Louis. Parfois ils dérogeaient à leur parcours balisé et sillonnaient au hasard les allées en quête de nouveaux auteurs.
 
(...)

                                                                     
                                                                   *****

(…)


-      Je suis souvent venu ici, sur ce banc, sans toi. Les pierres ont fini par me dire des choses…Et puis elles se sont tues parce que je n’ai pas voulu. J’entendais comme une voix intérieure qui me disait…au lieu d’admirer tous ces grands qui sont désormais des gisants, c’est le moment de prendre ta plume, toi qui es vivant. Tu as assez lu. Trop même. Il est temps. Grand temps…Mais comme tu sais, les mots tracés m’ont toujours tétanisé dès qu’ils venaient de moi…Jusqu’à ce jour où je me suis retrouvé seul, chez Jean. J’étais si désemparé que j’ai soudainement eu le sentiment que toutes les pierres du cimetière venaient à mon chevet. Chacune me parlait. Ce que j’entendais était confus, mais magique. Toutes ces voix me parlaient d’elle. Je me suis fait violence et j’ai sorti le cahier de cours que j’avais. J’ai dégoupillé un stylo…et j’ai tout fait sauter chez Jean. Je me suis mis à écrire comme un fou. Et plus j’écrivais, plus j’avais envie d’elle. Sous ma plume elle s’incarnait…Mes mots devenaient des notes de musique qui la faisaient danser. Et plus elle dansait, plus elle se dénudait. À moi seul elle s’offrait. Rien ne pouvait rompre ce charme. Pas même Jean venu à ma table. Il m’a parlé. Je ne lui ai pas répondu. J’ai continué à écrire. Il a fini par s’éloigner. Je ne sais pas comment je suis rentré chez moi. J’étais fou. J’ai traversé Paris dans la fournaise d’un corps que je n’arrivais plus à maitriser. J’aurais pu m’enfoncer seul dans ce désir insolite, m’engouffrer dans cette vacillante douceur extatique, mais j’avais besoin de sentir le réel de tout ça…Tu vois que ça peut aussi m’arriver !…J’ai pris avec moi mon argent de poche et je suis allé les voir…C’était le seul endroit où je pouvais la retrouver.

-      De qui tu parles ?

-      De ces femmes qui sont sur les trottoirs et qui te donnent ce que tu n’arrives pas à obtenir des autres…Elles font tout ce que tu veux…pour quelques billets. Certaines ont même pitié et te font le tarif étudiant. C’était ma façon de me tuer…Oui…Je suis lâche…Je n’ai pas osé me toucher, ni m’éliminer…Je ne voulais pas la profaner…


(…)

                                                        *****

(…)


Les gens s’agglutinaient dans cet espace réduit pour lire. Parmi eux une jeune femme tenait un enfant par la main. L’enfant ne s’intéressait pas à la lecture. Il la tirait par la main pour voir les images. La mère de Raymond s’approcha de l’enfant. Elle regarda longuement la femme qui s’en aperçut et rougit légèrement. L’enfant s’impatientait et soudainement des mots sortirent de la bouche de cette femme.

-      Attends Raymond. Laisse-moi finir de lire ou vas-y tout seul.

À cet instant l’enfant lui lâcha la main et se dirigea vers les images qu’il voulait voir. La mère de Raymond en profita.


-      Vous avez bien fait de lui rapporter son appareil photo.

-      Vous vous souvenez de moi ?

-      Je n’ai pas oublié le regard de Raymond sur vous ce jour-là.

-      Je ne voulais pas venir, mais c’est mon ami qui a insisté.

-      Où est-il votre ami ?

-      Il est resté dehors fumer.

-      C’est votre enfant ?


 
(…)
 
                                                                       *****