vendredi 14 avril 2017

GAO BO - L'essence des mondes

9 avril 2017
Dernier jour
Maison Européenne de la Photographie
Gao Bo
Le 10 il ne sera plus là

Le temps ne laisse aucune alternative 
Faire le pas ou laisser passer, alors que l’on sait

Nul autre chemin.
Y aller.

Le sang. Les hommes. Souffrance. Injustice. L’âme s’interroge. Traverse. Muette.

Du bois mort et des os.
Surface noire. Le blanc cherche la lumière.
Une
Des
Couches qui étouffent.

L’arbre a 300 ans
Demeure le tronc

Est-ce la vie ?

Nos os
Nos cerveaux
Nous avons besoin de mots

Une corde où les lettres
L’échelle du sens
Celle du sang
Traces

Vanité du monde
Injustices
Le souffle

Création
Crémation
Illusion

Assemblage. Solitude ? Imaginaire…

L’aube se réveille avec la nuit dans le corps
Et nous traversons somnambules
Toujours vivants

Quelque part. Là. Ailleurs.

Ici. Maintenant.
Je. Nous.
Toiles parchemin

D’une matière l’autre
L’être s’égare
Créateurs. Penseurs.
Certitude d’avoir trouvé.

Le néant ?
Le rien ?
Le grand tout qui absorbe ?

Être là fait du bien
Être s’interroge
L’essentiel

Matière mutante cherche sa propre trace dans les pièces métalliques.
Immense puzzle où la création.
Errance.

Pinceaux. Sable. Bois. Peinture. Son. Ecran. Images. Mouvements. Noir et blanc. Rouge sang. Absence. Présence. Résistance. Infinité des multipliés dans l’inconscience des mondes.
À notre insu
Tout se superpose

Sommes-nous tout cela ?
C’est quoi cela ?

C’est toi. C’est moi. C’est tous ceux qui avant. Qui demain.

Fragments.
Je me retrouve innocemment dans ce sang, dans ce bois mort, dans ces cordes, ces bandages et ces tiges métalliques. Du sable fin pour remplacer les mots. Des mots pour dire tout ce que les corps en leur mutisme…

Corps mutilés
Corps torturés

Ici
Brisé. Le sablier

Je cherche la lumière. J’ai désiré la matière. Je suis. Nous sommes. Là.
Création. Le visible. L’invisible.
Mémoires anciennes. Anonymes. Beckett et tous ceux…

La gomme dort au fond de l’encrier. Une éponge noircie par tant de questions. Et l’esprit devient aérien car il ne comprend plus rien. Ce rien qui dit tout. Au-delà des mots. Sans les mots. Sans le bois. Sans rien.

Et toutes les souffrances des fleuves
Où l’injustice
Les tyrannies

Goutte à goutte. Les cris des peuples opprimés.
Goutte à goutte. Le sang d’une voix révoltée.

Dans les caisses de bois. Nos cendres.

L’art répond à l’art. Bandages.
La force onirique du lien
À se croire vivant

Nos vies
À construire des ponts.

Requiem n’est qu’un commencement
Premier cri silencieux
La note cristalline s’échappe de son écrin.

Naissance
Souffrance
Et l’homme qui vient de naître s’absente le temps d’une vie

Espaces
Interstices
Des pauses dans lesquelles le sommeil

Désirs de réel

Les ombres sur la toile
S’effacent tous les mystères

mercredi 8 mars 2017

Merci Monsieur Trintignant pour ce 7 mars 2017 - Salle Pleyel

Monsieur Trintignant,

Ce soir-là, j'étais là.
Votre voix magique. Intemporelle. Eternelle.

Profondeurs aériennes.
La poésie votre amie.

Sur l'une de vos cordes vocales, mon souffle s'est posé, arrêté, en apnée.
Il y demeure à jamais.

Ce soir-là, vous m'avez donné ce qui ne peut plus être altéré.
La pureté de l'essence retrouvée.

samedi 18 février 2017

Fragments


L’amour
Du duvet sur nos plaies

Un pansement de lumière

L’obscurité de nos chemins

Etrangers passagers

Nos pas nous défigurent
L’imposture nous rassure

Le cœur dénudé
Vers nos rivages retrouvés

dimanche 12 février 2017

Le réel. Le virtuel. De la démocratie au fascisme ?

Réalité ? Fiction ? Vers quel monde ?

Des écrans pour gommer les idées. Le virtuel pour remplacer le réel. Des mensonges déguisés en scoops vérité. L’information menacée.
Des tribuns pas malins pour les peuples orphelins. Des dieux tous terrains pour reprendre la main.

Temps modernes. Nostalgie du Moyen-Âge ?

Illusion du réel. Un cauchemar éveillé. Le temps des faussaires.

La parole de l’huile sur le feu. La parole du miel sur les plaies. La parole du vent dans l’assiette des indigents.

Les jours perdent la trace de leur lumière sur des terres où autrefois elles en portaient le nom.

Les frontières abîment l’âme des survivants qui continuent de rêver.
Par milliers, ils tentent leur chance vers un monde meilleur.
Le réel ? Le virtuel ?

Des murs érigés. Des kilomètres de barbelés.
Une ligne noire sur le corps de l’espoir.
Indélébile cicatrice.

Comme si l’histoire n’avait servi à rien !
Les peurs sont redevenues de vraies valeurs.
Les tribuns égotiques des chemins salvateurs.

Le dieu argent entre les mains d’une poignée de mandarins. Pas des penseurs. Justes des tueurs. Alors, les autres valeurs…

Et pendant ce temps, sur les bancs des grandes écoles, on formate à la pelle.
L’argent doit maintenir son rang. Le pouvoir ses descendants.
Eléments de langage. Compétitions réelles autour d’écrans virtuels.
Moulage des têtes de gondoles.
L’image au détriment du fond sous la houlette du dieu communication.

Mais tout cela convient bien à tous ceux qui veulent conserver leurs privilèges. À outrance. Tous, au-dessus des lois. Si l’un d’eux est pris. Les parrains ou les vassaux crient. Diffamation. Au diapason.

Coopter devient le mot clé. La grande chaîne des formatés. Autour du cou le même passe-partout. Ils viennent même de trouver celui qui va les représenter. Derrière lui ils sont tous, en marche.

Du virtuel au réel. De la gauche vers la droite. À y perdre son latin.
Etat policier. Ceux qui manifestent, tabassés, emprisonnés, parfois…tués. L’hospitalité devenue un délit ! Réel. Pas virtuel.

Inégalité. Injustice. Corruption. Impunité. Les saignées, toujours du même côté.

Alors, la colère monte. Mais, la colère n’est pas bonne conseillère.
Juste une leçon, murmurent les plus timides. Croyez enfin en nous, vocifèrent les fascistes décomplexés.

Amnésie de l’histoire. Un grand nombre à finir par y croire ! À faire monter le mercure dans les veines de la femme parricide qui de jour en jour force sur le maquillage. S’efforçant ainsi d’effacer son passé.

Qui veut le pouvoir au prix du sang du père, peut le pire pour la nation convoitée !  

Pour faire digression. Certains cherchent une autre dimension.
Une femme et un plafond de verre.
Ils entendent déjà le bruit des éclats.

Mais celles qui ne seront jamais ses sœurs, ne sont pas dupes.
Aucune ne se fera voler son combat avec ces méthodes là !

La maman. La putain. Les temps n’ont pas changé…Et le populisme ne recule devant rien pour repeindre sa façade.

Du virtuel au réel. Tout se nomme.
Un fasciste demeure un fasciste.
En robe ou en pantalon.




*****


jeudi 10 novembre 2016

I had a dream !

I had a dream

Je me souviens

Autrefois
La force des idées
Le courage des vrais combats
Pour la liberté l’égalité

Autrefois
La force de la pensée
Des débats où elle redonnait
La profondeur de l’être
Sa lumière intérieure

I had a dream

Où la beauté de la couleur des peaux
Coulait comme du miel
Sur les regards éteints

Baume salvateur

Ignorance éradiquée
Le temps d’un regard
Où les peurs s’évanouissaient
Parfois cela durait

Je me souviens

Autrefois
Les sexes sans distinction
Osaient défier les dieux
En leurs chairs libres

I had a dream

Yes we can
Enfin là

Je me souviens
Que seuls
Le savoir l’éducation la culture  
Pansent les plaies de la misère

Je me souviens
D’un monde riche
D’hommes et de femmes
Au péril de leur vie
Leur combat pour la démocratie

Intarissable terreau
Le melting pot d’une terre juste

I had a dream
Sur l’épaule d’un géant à la peau noire

Je me souviens d’écrivains
À la plume audacieuse
Qu’aucune scène médiatique
N’aurait détourné de leur quête intérieure

La postérité portera les germes
De ces précurseurs
Qui ont tenté de rendre notre monde meilleur

I had a dream

Soudainement tout s’éteint
Lumière automnale
Autrefois le rêve américain
On savait bien
Qu’une partie du chemin

Mais
Pas ce cauchemar là

I have a dream

Aujourd’hui demain
La force d’une jeunesse
Le fil des anciens entre leurs mains 

lundi 3 octobre 2016

Fragment d'une pensée révoltée par un monde qui succombe...

Quand la gauche tourne à vide. Que le culte de la personnalité prévaut sur l’idéologie. Que l’ego prend le pas sur l’intérêt collectif. Que les libertés muselées, la police musclée ; alors que l’on vit dans une contrée encore labellisée « terre d’accueil et/ou pays des droits de l’homme » !! Quel changement profond peut-on attendre de ceux qui prétendent demain nous représenter ?

Vers qui se tourner pour se rassembler ?
Pourquoi ce besoin d’un homme providentiel auquel bon nombre ne croit plus ?

Que faire quand les mots ne passent plus ?

Mouvement citoyen. Ne pas s’arrêter en chemin. Certains perdurent, d’autres tentèrent momentanément l’aventure. Comme jouer les pirates pour 2017. Un début de piste…Jusqu’à ce qu’ils fassent demi-tour. Abandonnant les signataires sur le bas-côté d’un chemin qu’ils avaient eux-mêmes tracés.

D’une erreur l’autre, il y a toujours un pas qui enseigne.

Pas perdus,
Combien de temps allez-vous accepter de voir enfermés les lanceurs d’alerte qui cherchent à vous informer dans un monde où la presse muselée par des propriétaires, hommes d’affaires milliardaires ?

Pas silencieux,
Combien de temps allez-vous supporter l’idée que vos représentants vous saignent, vous dupent, pendant qu’ils s’exonèrent en leurs paradis fiscaux et jouent entre eux au jeu des chaises musicales pour garder les postes clés en toute impunité ?

Pas solitaires,
Combien de temps allez-vous rester passifs devant le spectacle affligeant de cette gauche morcelée où un à un les postulants ramassent les morceaux et recollent le vase à leur effigie ?

Pas résignés,
Combien de temps allez-vous endurer cette fatalité prémonitoire d’un nouveau second tour, escroc/facho, qui gomme le moindre espoir d’entrevoir des lignes nouvelles ?   

Nos pas immobiles, nos pensées fatalistes, font de nous nos propres geôliers.

Que faut-il qu’il arrive pour que les forces démocratiques redeviennent une opposition active et collective, à croire encore possible les valeurs qui hier encore rassemblaient la gauche en sa pluralité ?

Que faut-il qu’il arrive pour qu’une majorité cesse de croire que tous les dangers viennent des étrangers ? Alors que la véritable menace est la montée des populismes, le racisme, le fascisme latent et l’état policier permanent !  

samedi 13 août 2016

Le corps de l'écriture


À l’intérieur de l’être
La force des matières

Lettres d’encre
Cheminent vers la source

Carnet géant
Confluence  

Le corps de l’écriture
S’éclipse la sémantique









Photos droits réservés Michèle Gautard 



samedi 2 juillet 2016

Il est mort le poète

Jour de colère
Je pense à Dreyer

Jour de deuil
Ils pensent tous à Bonnefoy

Un poète meurt
Il prend de la valeur

Et tous ceux qui rendent hommage
Pour être en première page

Que font ils pour la poésie
Lorsque les poètes
En vie

À tous ceux qui auraient pu
Lorsqu’il aurait fallu

Vous les officiels
Qui tenez les ficelles

Lot de consolation
Face à toutes vos gesticulations

Il ne restera de vivant
Dans les veines
De la nuit des temps

Que leurs vers

mardi 28 juin 2016

Démocratie...si on avait su !!

« Qui laisse se perdre une liberté aujourd’hui ne la retrouvera pas demain » 
(Edwy Plenel)

En France, comme en Europe, lentement le fossé s’est creusé entre les peuples et les élites. Enfermés dans leurs bulles, aucun cri ne leur parvenait. Ils étaient à la barre. La tenait fermement. Bâbord. Tribord. Mauvais capitaines crochet. Les peuples pouvaient bien protester, seules les lois du marché, de la finance. Petits arrangements entre amis. D’un poste l’autre. Chaises musicales. Funeste partition pour les peuples. Un à un touchés. Sacrifices demandés…Requiem ! Et pendant ce temps…leurs paradis fiscaux. Vive les lanceurs d’alerte ! Quelques tsunamis sur leurs rivages. Fini les enfants sages.

La gauche française ne pouvait pas manger de ce pain-là ! Naïveté. Non. Elle allait résister, redonner…Faire au moins quelque chose…Non ! Elle aussi a fini par sombrer. Par devenir un valet. Et là, le monstre s’est réveillé, s’est mis à vociférer. La haine s’est engouffrée.

Sécurité
La magie des barbelés
Quand la gauche s’éteint
Le fascisme n’est pas loin 

Citoyens
Nous le sommes toujours
Nos valeurs
Simplement usurpées
Intactes
À l’intérieur

Nos rêves
Un peu ébranlés

Voter utile
Nous l’avons tous fait
Trahis
Nous l’avons tous été

Grisés par le pouvoir, nos dirigeants ont fini par oublier qu’ils n’étaient que locataires !

En France, le roi soleil s’est réincarné, là où on ne pouvait l’imaginer. 
Un seul regard en son miroir…Il était déjà trop tard.

Certitude que la mécanique du vote utile marchera toujours. 
Avant tout la raison. 
Au-delà, l’inconnu.

Et lorsqu’il y eut le frémissement d’un danger…Ils ont lâché les chiens. Surfé sur la vague populiste…jusqu’à l’écume.

Comme autrefois, une partie du peuple s’est laissée enivrer par les sirènes venimeuses…Oui, autrefois déjà là !

Non. Ici, c’est la terre d’accueil. Le pays des droits de l’homme. Pas de ça chez nous. Nous les vainqueurs. Déclamations, à masquer les années sombres de la collaboration, celles de la colonisation. À faire oublier que ce sol est devenu sécuritaire et que des camps de misère parquent tous ceux dont on ne veut pas voir la silhouette étrangère envahir nos rues.

Le drapeau de la nation…L’étendard derrière lequel tout peut se passer…en toute légitimité. Tous s’en emparent. Lui le premier. Lui, qui voit un à un s’éteindre ses rayons à force de nous prendre pour des cons.

Mimétisme déconcertant, inquiétant, pour tous ceux qui lui avaient remis les clés. Il ne parlait pas cette langue là, il y a à peine encore autrefois ! Les chiens aboient. Le sien tente de crier plus fort. Etat sécuritaire. Manifestations interdites. Une dame sort des lunettes de son sac. La police la matraque. Les jeunes manifestent pour leur avenir. La police frappe, frappe, frappe cette jeunesse qui ne veut rien d’autre que de vivre décemment, libre et en démocratie comme hier leurs parents.

Déchéance de la nationalité pour tous ceux. Non. Décidément, il y a quelque chose de pourri au royaume de…Non. Au pays des droits de l’homme…Ah !  

Qui aurait imaginé, il y a encore, à peine quelques années, que tout cela…réalité !  

Le fascisme en France ? En Europe ? Un vieil épouvantail auquel personne ne croit…Juste pour faire peur. Rien de plus. Même pas mal. Tout se rétablit avec le vote utile.

Et pourtant, qui croyait au Brexit !! Et la suite… ??

Alors imaginons demain où un matin l’Europe se réveillerait avec des dirigeants populistes ! Chacun se claquemurant derrière son rideau de fer. Mêmes idées vacuité en bandoulière. Que s’y passerait il ?

Ah ! Si j’avais su ! Mais tu as pourtant été prévenu !! Regarde le Brexit et ses suites ! Pas de programme, juste la haine…ensuite…la débâcle.

Quand il sera trop tard et que seul le souvenir de leur colère deviendra la honte de tous ceux qui ont eu la faiblesse de céder à la tentation machiavélique du populisme, qui tel un mauvais phénix, que diront-ils ? C’était un raccourci. Juste pour leur faire peur. Piètre catharsis !

Et de la force des leurres, il ne restera plus que les yeux pour pleurer ou les armes à prendre pour défendre les droits et les libertés. Accablantes réalités.

Imaginons une nouvelle fois, pour tous ceux qui n’y croient toujours pas, ce que donnerait en France l’extrême droite au pouvoir, alors que sous un gouvernement « dit de gauche », l’instauration d’un état policier en fausse légitimité s’installe à perdurer ! Imaginons une fraction de seconde l’arme nucléaire en de pareilles mains ! La presse, la culture…J’entends déjà les braises crépiter…L’autodafé de tous ceux qui dans la nostalgie ! Arrêt sur image. Arrêtons ce naufrage.

Non. Ce n’est pas un scénario catastrophe. Au siècle dernier, qui pouvait imaginer que tout cela allait conduire là où nous savons.

Si la France et l’Europe prennent ce chemin…demain il y aura d’autres wagons…

Ne laissons pas une nouvelle fois l’histoire nous entraîner dans la honte d’un temps où le cycle des mauvaises saisons deviendra inévitablement une terrifiante et douloureuse répétition. 

vendredi 17 juin 2016

De Anselm Kiefer à un carnet d'automne - Un rêve dans le corps de la matière - Suite à l'exposition "l'alchimie du livre" - BNF - 2015

On a tous des histoires à raconter. Il faut toujours oser. Œuvrer, accomplir à rendre possibles nos rêves. Et lorsqu’ils sont exaucés... Des pas vers un nouveau tracé.

Tout cela a commencé dans l’enceinte d’une exposition où un immense artiste, Anselm Kiefer, offrit au public sa bibliothèque intime…Son "alchimie du livre". Comme un héritage à tous ceux.

Livres géants qui accueillaient diverses matières dans lesquelles il avait semé des mots, ici et là. Un titre se détache « Nuit de cristal ». Lettres de craie blanche sur un corps noir. Un livre refermé sur lui-même. Posé dans un coin sur une étagère de fer.




Atmosphère tellurique, par endroits sans concession, d’un intérieur qui s’interroge en créant. 

Se souvenir. Transmettre. Pour que plus jamais ça.


D’un livre l’autre. Un rêve éveillé.

L’envie soudaine d’écrire. Non plus sur des pages aux dimensions familières, mais dans un carnet géant. Me glisser entre des feuilles qui ressembleraient à des draps sous lesquels le corps, sans savoir quelle sera la nature de son sommeil, s’y abandonnerait.

La raison a bien tenté de m’en dissuader. Et puis l’instinct... À finir par me guider, jusqu’à cette porte que j’ai poussée.

Dans le bas de la rue Monsieur le Prince, se trouve l’atelier d’un relieur, Gilles Barnett. J’ai souvent eu l’envie d’y entrer…Cette fois, j’avais une bonne raison.

Jamais pareille commande n’avait franchi la porte de cette demeure, vieille de plus d’un siècle. Et pourtant, la confection d’un carnet géant ne sembla nullement déconcerter celui à qui j’en fis la demande.

Tout était envisageable, "malgré tous les malgré". Désir soudain de relever le défi. Il fallait cependant bien y réfléchir, étudier méticuleusement la question de sa faisabilité.

Tout dépendait des matériaux. Le papier à dimension. Le maintien des pages, qu’il fallait coudre et solidement relier pour que les fondations soient robustes et indéfectibles face à pareil poids. Quant à la pièce de cuir, il n’en existait pas de la taille espérée en un seul morceau. Raccords ! Tout cela à redimensionner en s’approchant au plus près de la teneur de mes souhaits.

L’homme aux mains d’or a fini par trouver la solution. Il avait mordu à l’hameçon de ce rêve qui allait devenir sien.

Les dimensions furent convenues dans la mesure qu’offrait l’équilibre de cette démesure et la rationalité des matériaux disponibles. L’affaire fut conclue à hauteur de rêve. Le dos serait en cuir, la couverture cartonnée, recouverte d’un papier à définir et les coins renforcés par ce même cuir. Les pages intérieures auraient un teint ivoire et sur la tranche des lettres dorées seraient gravées à l’instar des livres anciens.    

Le maître d’œuvre me convia chez son fournisseur. Découverte des matières premières. Le choix d’un cuir grenat, d’un papier marbré aux couleurs siennes, ocres, rouges, orangées. Par endroits des taches brunes bleutées. Des brèches entre les mondes où des formes insolites révèlent avec parcimonie la trace de quelques mystères.

Je l’ai laissé œuvrer dans le respect du temps nécessaire à la gestation de son œuvre. Un écrin qui s’ouvrirait de lui-même le moment venu.

C’est ce qui arriva quelques temps plus tard.

Je fus contactée pour recevoir les prémices organiques d’une ossature où la vie avait pris forme. Cette matrice avait demandé tant d’énergie et de nuits de réflexion pour que ce corps gigantesque ne se brise pas dans les coutures d’un rêve, trahi par la fragilité de ses fondations en leur assemblage.

Les doutes et interrogations furent surmontés par la volonté de donner un corps pérenne à un rêve devenu contagieux.

Le chemin des possibles poussait les limites de l’être. J’appris que la couture des deux cents et quelques pages qui allaient constituer ce carnet géant, avait demandé deux semaines de travail non-stop !

La restauration de livres était pour le relieur un ouvrage familier. Il avait certes accompli quelques performances dans des dimensions hors normes, mais partir de rien pour un tracé monumental…des pas vers l’inconnu.

L’aiguille avait traversé une à une des pages et des pages pour les assembler. Parfois le sang avait coulé. Il était désormais enfoui à jamais dans la tissure et les replis les plus secrets de la colonne vertébrale de ce géant. La persévérance du relieur trouva le moyen de la consolider par de multiples astuces, qu’il eut l’élégance de me révéler, mais dont je lui laisse le secret.



Il restait à recouvrir ce corps de sa peau de cuir. Un nouveau temps où il me fallait me retirer, attendre et laisser l’artiste peaufiner son œuvre…Et puis, un après-midi, il m’a téléphoné. Cette fois était la bonne. Le carnet géant était achevé. Il pesait 30kg, mesurait 90 x 70 dans sa position fermée et 1m40 les ailes déployées.










  
Ecrire sur de telles pages ! J’étais soudainement au pied de l’Everest. Ma plume se perdait dans l’immensité d’une banquise ivoire et mes bras s’étiraient au-delà de leur limite pour atteindre les sommets grisants d’un simple haut de page.

L’échine courbée, mon encre esquissait les pas d’un nouveau-né, apprenant à faire fi de l’inconfort du corps.   



Il a suffi d’une première page écrite recto verso pour que j’entrevois ce carrefour des mondes où le visible, l’invisible jouent à cache-cache avec les matières et les sens. L’esprit, le corps, les chairs, le cuir, l’encre, le papier, l’effort, la persévérance, l’audace à transformer le visage de la sémantique et à faire de la quête d’un "absolu" un début de chemin vers tous les possibles.







lundi 23 mai 2016

Tant qu'il y aura des hommes et des femmes !

Liberté, égalité, fraternité, sororité, au passage oubliée.
Tant de vies tombées pour nos droits, nos libertés…
Pendant des décennies…Un socle indéfectible.
Et le « plus jamais ça », une évidence écrite sur les murs de nos mémoires.

Et puis, lentement, un à un…des signes. Fissures. Altération. Murmures. Un filet d’eau. Un courant. Un fleuve qui gronde. Voix nauséabondes. À devenir écume pestilentielle.  

Racisme. Sexisme. Fascisme. Mémoire à l’amnésie. L’histoire ! Ça n’a rien à voir. Un tout autre temps. Non. À peine hier encore…Silence. On est envahi. Il faut réagir. Couleur de peau. Différences culturelles. À vos manuels. Colonisation. Intégration. Pas de leçon. La parité. Pour parader. Démagogie poudrier. Amalgame. Non. Tentatives d’explications. C’est quoi ce foutoir ? Légitimité des dieux proclamée. Eux vont bien tout régler. À chacun son flambeau pour éteindre la lumière de l’autre. Moyen-âge. Les temps sont difficiles. On n’a rien trouvé d’autre. Temps modernes. La ferme !

Etat d’urgence. Terre démocratique…ton corps méconnaissable. Qui est au pouvoir ?

Résurgences. Trous béants. Un contre-courant où la régression aspire tel un trou noir une à une les pierres de l’édifice.

Et face à la vacuité de la pensée, à l’idéologie jachère, le populisme s’empare de la boîte à idées. Exutoire, dépotoir, déversoir. Et la lame de fond revient se vautrer sur le même rivage.

« Plus jamais ça ! »…Mais l’immonde se tapit silencieusement dans l’ombre dans l’attente sournoise d’attraper des mouches avec du fiel. Et l’ignorance, racine vivante de la peur, se laisse une nouvelle fois séduire par elle-même.

Et les dieux placebos redeviennent des enjeux nationaux.
Et le fascisme, sous le masque de la colère populiste, un chemin sur lequel un à un, à faire fi du danger.
Et le corps de la femme...Annexion. Discrimination. Harcèlement. Viol.

Celles qui parlent…troublent l’ordre établi. Et la victime courageuse devient la coupable outrageuse ! Même les femmes, certaines femmes, mêlent leurs voix à celles de piètres hommes, certains hommes. Oui, elles confirment…Celles qui sont violées, battues…Elles l’ont bien cherché…Il doit bien y avoir une raison…Il n’y a jamais de fumée sans feu.

Autodafé des corps ! Déplore la sororité éberluée devant tant de lâcheté ! 

Et puis il y a ces autres femmes. Celles qui décomplexent la banalité du mal et qui au pays des droits de l’homme vocifèrent dans le crachoir du populisme à semer en tribun leur venin. Et la haine de l’autre mijote dans la marmite comme un pot-au-feu en nos terroirs.

Banalité du mal. Les temps ont changé. On ne peut pas comparer. Mêmes paravents. Mêmes arguments. Mêmes armes. Mêmes peurs. Mêmes leurres. Mêmes erreurs. Mais cette fois…des femmes ! Et sans vergogne, elles sèment leurs graines et les cerveaux germent, gangrènent. 

Et les hommes qui ont peur de perdre leur pouvoir n’annexent plus le corps de la femme, mais leur programme. Politiquement dangereux. Pernicieux. Il n’y a personne aujourd’hui pour véritablement croire en pareil destin. Alors, ils jouent avec le feu. Juste pour que l’on revienne à eux. Et ils s’imaginent indétrônables sous la seule haute protection de la raison. Pauvres cons !    

Et leurs valeurs, auxquelles s’accrochait un espoir d’égalité, s’effritent et fondent comme neige au soleil.
Et comme ils n’ont plus rien à dire, ils crient « Hé oh, la gauche ». Comme si tout allait bien dans le meilleur des mondes. Leur monde ! Sans un seul instant se soucier…du monde.

Il n’y a plus rien à dire. Il faut continuer à suivre…les sons.
Mais lequel est le bon ? Ils vont dans toutes les directions.
Onomatopées. On a perdu la clé de la pensée. Le pouvoir grise. Les miroirs se brisent.  

À force de jouer avec le feu...flotte de nouveau le spectre des drapeaux noirs aux portes du pouvoir.